
Marianne Le Morvan est l’auteur de la première biographie consacrée à la galeriste parue en novembre 2011 sous le titre "Berthe Weill (1865-1951)La petite galeriste des grands artistes " aux éditions " L'écarlate" et disponible ici
Nous avions évoqué ce marchand en novembre 2008 dans notre revue OJO n° 4:
Les Premiers Marchands de Picasso :
Berthe Weill (1865-1951)
« Un jeune Dieu qui veut refaire le monde ». Point trop d’emphase n’en faut, c’est en ces termes enthousiastes que le critique d’art au Mercure de France, Charles Morice, salua le jeune Picasso alors que ses œuvres de la période bleue, fraîchement rapportées de Barcelone, étaient exposées en décembre 1902 à la Galerie B. Weill.
Promotion, reconnaissance et lisibilité sur la scène artistique parisienne, autant de gages de légitimation apportés à Picasso par cette jeune galerie tenue par Berthe Weill, drôle de femme bourrue mais intègre, considérée de nos jours comme la première marchande officielle du maître espagnol à Paris.
Installée à son compte dès 1897 dans une petite boutique au 25 rue Victor Massé, dans le IX arrondissement, la galeriste rencontre Picasso vers octobre 1900 par l’intermédiaire du marchand Catalan Pedro Manãch. S’en suivra une collaboration courte de quatre années, relayée néanmoins par une amitié de toute une vie.
Entre 1900 et 1901, Berthe Weill réalise les premières ventes de Picasso à Paris auprès de grands collectionneurs aux personnalités variées : Adolphe Brisson, Directeur des Annales politiques et littéraires; Arthur Huc, directeur de la Dépêche de Toulouse mais aussi Olivier Saincère, haut fonctionnaire et amateur éclairé ou encore le banquier André Level. C’est toujours avec le soutien précieux de Manãch qu’elle inaugure en décembre 1901 la dite galerie, destinée avant tout à défendre les « Jeunes Peintres ».
La critique s’ensuit et ne tarit pas d’éloges. Durant l’année 1902, Berthe Weill va promouvoir l’artiste espagnol en organisant des expositions tout aussi remarquées que remarquables. La première, une confrontation entre Louis Bernard-Lemaire et Picasso, se tient du 1er au 15 avril 1902. Elle présente une quinzaine d’oeuvres de Picasso parmi lesquelles Le Tub, aujourd’hui à la Philips Collection de Washington. Le poète et critique, Félicien Fagus, remarque « le sens de l’énergie » de l’artiste dans son article sur les peintres espagnols, dans la Revue blanche du 1er septembre 1902. Du 2 au 15 juin ensuite, une œuvre – Courses à Auteuil – est incluse dans l’exposition de groupe Matisse, Villon, Marquet, Maillol, Picasso. Du 15 novembre au 15 décembre enfin, la galerie présente des œuvres de Girieud, Launay, Picasso et son compatriote Pichot.
Si Picasso se fait un « nom », de telles présentations ne sont pas à proprement parler de réels succès commerciaux. Ainsi, à son retour d’Espagne, en avril 1904, l’artiste se détourne de Berthe Weill pour le marchand Clovis Sagot. A la fin de l’année, une douzaine d’œuvres réalisées entre 1900 et 1903 sont proposées à la galerie B. Weill dans une exposition de groupe. Bien plus qu’une simple manifestation, il s’agit là d’une rupture professionnelle entre le peintre et la galeriste qui avait exposé des œuvres de son stock alors que l’artiste connaissait un changement esthétique qui allait aboutir à sa période rose.
De ces quatre années de collaboration déterminantes dans la carrière de Picasso, découle une authentique gratitude : en 1920, Berthe Weill pose pour lui afin qu’il dessine son portrait et en est très émue. Dix ans plus tard, il réalise un dessin pour illustrer la page de tête de ses mémoires, scellant ainsi leur « vieille amitié » sans cesse revigorée. Bien plus, de 1920 à 1943, l’artiste soutient financièrement Berthe Weill qui vit de façon précaire, en lui cédant par l’intermédiaire du collectionneur Max Pellequer, des œuvres à bas prix qu’elle revend à profit. La galeriste se retire des affaires en 1946 grâce aux importants bénéfices d’une vente aux enchères d’environ 80 peintures offertes par ses anciens peintres - parmi lesquels Picasso - « en reconnaissance des efforts désintéressés qui ont aidé leurs débuts. » ( auteur: Verane Tasseau )
Pour davantage d'informations, il faut consulter le site www.bertheweill.fr
Portrait de Berthe Weill, dessin 1920